Vous semblez de tous horizons, vous vous sentez français ? africain ?
Je me sens humain avant tout. Mon toit de maison, c’est la planète. J’ai vécu avec les pygmées, avec les touaregs, avec les malgaches...
Je parle plusieurs langues couramment (le pygmé, le sango...) mais j’avoue que je n’ai jamais été très bon à l’école. À 15 ans, j’étais dans la brousse comme guide de chasse. C’est mon tout premier métier ! En Afrique, on m’appelle « le vieux lion », car malgré mon âge, je cours très vite et je crapahute encore. C’est symbole de puissance et de sagesse. C’est flatteur pour moi !
Racontez moi le parcours de votre vie.
J’ai été entrepreneur en bâtiment pendant 10 ans en République Centre Africaine et en même temps guide safari. Puis, à la suite d’un coup d’état, nous avons perdu tout ce que ma famille et moi possédions depuis 4 générations et j’ai été obligé de rentrer en France.
Je suis venu en Bretagne où nous possédions des maisons, plus précisément à Locmariaquer, là où se trouve le plus grand menhir du monde et ça m’a donné une idée : je me suis dit, à Paris, ils vendent bien la Tour Eiffel, pourquoi on ne vendrait pas nos menhirs en Bretagne ! Alors j’ai déposé un brevet pour vendre des menhirs miniatures.
J’ai aussi été 3 ans parachutiste en France puis je suis reparti en Afrique, à Madagascar où j’ai exploité des champs d’Ylang Ylang. Les huiles essentielles de l’exploitation étaient revendues à des grands parfumeurs à Grasse. J’ai de nouveau tout perdu... Vous savez, les africains n’ont pas la même perception de la notion de propriété que nous. Si j’achète une terre en Afrique avec un cocotier dessus, le cocotier appartient à celui qui l’a planté ! Vous voyez...
Après Madagascar, je suis rentré en France et je me suis installé à Nantes où j’ai exercé plein de petits boulots : je rentrais d’Afrique avec mon passeport et un peu d’espèces. Il a fallu recommencer à zéro, encore une fois...
J’ai alors travaillé comme ingénieur conseil à la cité des Sciences de la Vilette, où je m’occupais d’animaux. Pendant ce temps, je voyageais beaucoup et je commençais à collecter des informations sur les reptiles, les insectes... Je partais en Guyane, en Thaïlande, à Madagascar pour étudier tous ces animaux qui me fascinaient. Depuis toujours, j’aime les animaux. Entre autres, je suis allé à la Réunion, je m’occupais en collaboration avec l’ONF (Office Nationale des forêts) et la DSV (direction des services vétérinaires) de remettre en route un parc de crocodiles.
Petit à petit, j’ai eu de plus en plus d’animaux chez moi, et j’ai décidé de monter une association, qui aujourd’hui a 10 ans, c’est Inf’Faune.
Le but de cette association, quel est-il ?
L’activité principale de cette association est la présentation pédagogique, interactive et thématique des animaux, reptiles et insectes surtout, dans les galeries commerciales partout en France. Je souhaite donner le maximum d’informations au public qui a peur de ces animaux parce qu’ils ne les connaissent pas, parce qu’ils sont différents de nous. La connaissance commence par le plaisir et la protection par la connaissance ! À travers toutes ces expositions, j’essaie d’humaniser les animaux afin de les rendre plus accessibles. Inf’faune, c’est aussi des spectacles avec ou sans décor (sortie de nouvelles voitures, de films d’aventure...), défilés de mode, publicités, tournages au cinéma, photos. J’ai été contacté récemment pour des photos réalisées par Peter Lippmann pour le magazine Marie Claire.
Vous êtes vraiment passionné !
Quand tu fais ce que tu as envie de faire, que tu es bien dans ta peau, que tu transmets ce que tu connais... tu es bien.... C’est un état d’esprit. Je crois qu’accepter les différences c’est s’accepter soi-même ! Je me rends compte que beaucoup de personnes ne connaissent pas ces animaux, certains ne savent même pas que nous avons des reptiles en France ! Par notre méconnaissance, on est en train de tout détruire sur notre planète. On est des criquets dans un champ...
Votre vie est assez impressionnante, vous ne vous ennuyez pas aujourd’hui, d’être « simplement » président d’une association ?
Je vis pour cette association. Le jour où elle n’existe plus, je quitte la France... Je voyage encore beaucoup aujourd’hui... je ne vois pas ma vie sur place. Là, par exemple, je suis peut-être amené à aller à Bornéo pour dresser un King Cobra de 7 mètres de long, le plus grand spécimen jamais trouvé. On m’appelle pour des choses dangereuses, risque ou pas, j’y vais quand même. La mort, je la vois tous les jours à côté de moi avec les animaux que je manipule. Je ne suis pas un héros, mais il m’est arrivé de prendre des risques : lorsque j’étais guide chasse je faisais de l’anti braconnage sur nos camps de chasse. J’ai pris une balle (ndlr : il me montre son bras) en mettant en joue des braconniers qui avaient tué des rhinocéros pour récupérer leur corne.
Et puis j’ai plein d’autres activités. Je sculpte des tableaux avec des chutes d’ivoire et d’ébène, des statues ou des rochers, dans du marbre, du plâtre, du bois... dans n’importe quel matériau. On les laisse vieillir dehors pour donner l’impression qu’ils ont des centaines d’années. On les utilise pour la décoration de nos expositions. On a un entrepôt de 400 m2 où l’on stocke tout notre matériel. Tout ce qu’on a, on l’a fait de nos mains.
Et Alli et Gator, comment sont-ils devenus vos animaux de compagnie ?
Alli et Gator, je les ai eus un week end pour un tournage et quand je les ai rendus, je me suis aperçu que je m’étais attaché à eux. Alors, je suis retourné les chercher. Alli était toujours après Gator, il l’aurait tué à force de l’attaquer. Il était épuisé et en train de mourir. J’ai isolé Alli pendant un an et j’ai soigné Gator et l’ai nourri afin qu’il prenne confiance en lui. C’est vraiment un gros nounours alors qu’ Ali a un plus fort caractère. Quand je les ai remis ensemble, c’est Gator qui avait le dessus et son bon caractère permet de maintenir une vie en harmonie aujourd’hui parmi tout le monde. Même Sun, le chien, a sa place. L’un n’aime que le poulet cuit et l’autre cru ! Ils n’aiment pas le poisson. On leur a refait le bas de la baignoire parce qu’ils cherchaient sans arrêt à grimper dedans. Aujourd’hui, on a sculpté un crocodile en relief comme ça, ils peuvent mettre leurs griffes dans les creux pour grimper dans la baignoire. Je leur laisse l’eau de mon bain, ils adorent ça ! Le soir, ils viennent dans ma chambre. Ils n’aiment pas l’orage. Ce sont de vrais pépères !
Vos enfants, votre famille n’ont jamais peur pour vous ?
Ils me connaissent ! Ils savent qu’ils ne peuvent pas m’empêcher de faire ce que je veux. J’ai un fils et deux filles, ma famille n’a jamais manqué de rien.
Et vous n’avez jamais peur ?
Le jour où je n’aurai plus peur, je serai inconscient.
Qu’est ce que vous n’avez pas fait ?
J’ai 55 ans et j’ai bien profité de la vie. Je pense que tout est possible à partir du moment où tu réfléchis à ce que tu vas faire et où tu y crois !
Aucune frustration alors ?
Ma seule frustration, ce sont les femmes ! (rire)
Et Phillipe Gillet, dans 30 ans, c’est qui?
Un petit squelette dans une boîte... (rire !)
Bon, dans 20 ans alors...?
Aujourd’hui, j’ai l’association. Demain, je ne sais pas ce qui m’attend ! Je peux très bien partir m’occuper d’éléphants en Thaïlande, ou peindre des tableaux à St Barthélémy pour les revendre, faire de la plongée, du parachutisme ou de nouveau, être guide de chasse... Demain, je ne sais pas... je peux être n’importe où. Je ne refuse rien...
Propos recueillis par Mélinda Gelly
Le site de l’association :
www.inf-faune.com