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Petit à petit, la Petite Amazonie a fait son nid
 
Au coeur de Malakoff, un espace naturel de 17 hectares
Vue d’avion, elle a la forme d’une goutte d’eau : vert îlot enclavé entre les voies ferrées, la Petite Amazonie vit sa vie de jungle naturelle au beau milieu des grands ensembles urbains du quartier. Avec l’aménagement du nouveau Malakoff, Nantes Métropole cherche à la faire découvrir, sans la menacer.

Avec son atmosphère humide de bayous du Mississippi, ses lianes et ses épais buissons, on pourrait presque s’attendre à tomber nez à nez sur un singe hurleur ou un caïman. La Petite Amazonie, sous son impénétrable végétation, abrite une faune et une flore sauvages, où les espèces adeptes de milieux marécageux se sont rapidement développées. Un habitat propice à une biodiversité hors normes pour une zone située en plein espace urbain. Et quand les vents sont favorables, le chant des oiseaux se mêle même à celui des annonces de la gare SNCF, située non loin de là.
Longtemps, ces terres inondables furent réservées à la pâture ou au fourrage. Mais la zone, stratégique car à proximité des grands axes de communication, et victime des bombardements de 1944, a été martelée d’une cinquantaine d’obus. Les petits cratères chargés d’histoire se sont, au fur et à mesure des hivers, remplis d’eau, contribuant à l’humidification de cet espace. Terrain accidenté, la Petite Amazonie n’a donc guère suscité de convoitises immobilières, d’autant plus que le périmètre fut réservé, jusqu’au début des années 1990, au projet de la « Route Pénétrante ». Un aménagement visant à faire atterrir l’axe Nantes-Paris en plein centre-ville, et qui n’aura jamais vu le jour. Et finalement, c’est tant mieux : avec ses 70 espèces d’oiseaux recensées, sa végétation dense et étonnamment variée, la Petite Amazonie s’est même vue classée zone « Natura 2000 », ce qui la rend protégée. « Des gobe-mouches, des fauvettes, des linottes, et même quelques rongeurs et un couple de renards. Cette enclave alluviale est propice à un écosystème très riche » estime Aymeric Mousseau, animateur nature et chargé d’étude à la LPO 44 (Ligue Protectrice des Oiseaux). Seules habitantes géantes des lieux, 3 vaches écossaises, de race rustique et au poil long, utiles contre l’invasion des ronces sur les quelques prairies de la Petite Amazonie. Car hormis les techniciens chargés de l’entretien a minima des chemins d’accès, la zone est fermée au public. Ou presque, car elle accueille tout de même 500 visiteurs annuels lors d’excursions organisées par la LPO, Bretagne Vivante et la SNNOF. Avec une fréquentation amoindrie au printemps, période de reproduction oblige.

« C’est indispensable de contrôler l’accès à la Petite Amazonie » assure Jean-François Cesbron, ingénieur au SEVE de Nantes (Service des Espaces Verts et de l’Environnement). « Il faut à la fois assurer la sécurité des promeneurs, mais aussi et surtout respecter la richesse biologique et environnementale du lieu ». Une zone que le SEVE connaît sur le bout de ses doigts verts, puisque le service fut le premier à faire le recensement floristique et botanique de l’endroit. Saules, frênes, aulnes, chênes sexagénaires : à tout cela s’ajoute un nombre incalculable de baies, de ronces, de roseaux.

Alors inévitablement, face à tant de diversité et à force d’être maintenue fermée, la Petite Amazonie suscite des fantasmes. De terre sauvage peuplée de bébêtes féroces. Comme une envie qui prendrait soudain les Nantais de jouer les aventuriers en forêt inexplorée. De nombreux mois à l’avance et à coup sûr, les visites affichent toutes complet. À la mairie de Nantes et à Nantes Métropole, on réfléchit à comment faire face à la frustration et à la curiosité légitime des riverains et des Nantais, tout en maintenant la protection de la zone. Pas question d’en faire un zoo ni un parc à parterres fleuris et balançoires. Ni de considérer ad vitam eternam ce terrain comme mis sous cloche opaque : « L’enjeu est de valoriser sans dénaturer » explique Isabelle Lefebvre, responsable de l’ensemble des sites prioritaires et du GPV (Grand Projet de Ville) du nouveau Malakoff à Nantes Métropole. « L’ouverture de la piscine de la Petite Amazonie, avec ses baies vitrées d’où l’on peut contempler la zone, fut le premier équipement du GPV, et il va clairement dans ce sens ». La vue imprenable du haut des tours de Malakoff qui donne soit sur la Loire, soit sur les marais, également. « Une réflexion plus large a été entamée. Un projet avec système de belvédères-observatoires est à l’étude, tout comme un aménagement global qui permettrait de relier les différents espaces naturels du secteur : Jardin des Plantes, Petite Amazonie et Prairie des Mauves » poursuit-elle. Ornithologues et botanistes en herbe, il vous faudra donc encore patienter un peu.

La Petite Amazonie est prête à se laisser découvrir, mais pas à se faire envahir. Et comme toute jungle qui se respecte, si petite soit-elle, il faut qu’elle reste sauvage, presque indomptable.

Claire Robin

Balade dans la Petite Amazonie
Des visites sont proposées par la SSNOF, Bretagne Vivante et la LPO 44.
Limitées à 15 personnes, elles présentent l’histoire, l’habitat, la faune et la flore des marais.

Renseignements au 02 51 82 02 97 et sur le net : http://loire-atlantique.lpo.fr et www.bretagne-vivante.asso.fr


 



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